2009 ccasinfos n° 305 octobre photo: d.r.
Le ministre du Travail Xavier Darcos a récemment lancé un ballon d’essai sur la retraite des femmes, à savoir : ne plus prendre en compte les enfants dans le calcul de la retraite. Devant un tollé général, il semble avoir levé le pied sur cette question, mais, n’en doutons pas, en 2010, lors de la nouvelle réforme annoncée des retraites, cette hypothèse sera remise sur le tapis. C’est profondément injuste et stupide de s’en prendre aux maigres acquis arrachés par les femmes. En effet, nos concitoyennes sont victimes de nombreuses discriminations dans leur vie active; d’un point de vue salarial leurs revenus sont en moyenne de 27 % inférieurs à ceux des hommes. Elles sont plus exposées au chômage et à la précarité, pudiquement appelée « temps partiel », la plupart du temps non choisi. L’accès à des postes à responsabilités, dans le privé comme dans le public, est un véritable parcours du combattant. Elles y sont très minoritaires. Sans oublier le fait qu’elles sont nombreuses à subir une double journée de travail avec les tâches ménagères.
Le pire est que le ministre invoque l’égalité homme/femme pour justifier sa proposition. Les hommes qui élèvent seuls leurs enfants doivent bien sûr avoir les mêmes droits, mais cette égalité doit se construire par le haut et non en tirant tout le monde vers le bas. La France enregistre le taux de natalité le plus élevé en Europe et tout le monde considère cela comme une bonne chose pour l’avenir. Les analystes estiment que les acquis sociaux liés à l’éducation des enfants y contribuent fortement. Revenir sur ceux-ci entraînerait une baisse considérable du pouvoir d’achat des retraités avec toutes ses conséquences sur la consommation et l’économie. De plus, de telles mesures pourraient être dissuasives quant à la croissance démographique, qui assure en grande partie le renouvellement des générations nécessaire au maintien du système solidaire de répartition de nos retraites. Dans ces conditions, elles seraient sans la moindre amélioration pour la retraite des hommes. Permettez-moi d’ajouter qu’il existe tant de pays où nos soeurs sont discriminées, voire humiliées, qu’il me semble que la remise en cause des droits actuels des femmes dans notre pays serait pour le moins suspecte... Rien n’est écrit d’avance, la mobilisation de tous et toutes est le seul moyen de mettre en échec ces visées et d’obtenir pour toutes et tous des retraites décentes à la hauteur d’une vie passée à travailler et à être parent. Mais enfin, quelle est cette société qui ne voit d’issue et de perspective que dans les reculs sociaux pour les plus humbles ? Ne laissons pas passer la marche arrière pour notre avenir.
La présidente Evelyne Valentin
L'équipe ccas.fr
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